Le lien entre cannabis, performances sportives et récupération intéresse de plus en plus d’athlètes, qu’ils soient amateurs ou professionnels. L’essor du CBD (cannabidiol), le débat permanent autour du THC (tétrahydrocannabinol) et les évolutions réglementaires dans le sport de haut niveau créent un paysage complexe, où la frontière entre usage “bien-être”, usage médical et dopage n’est pas toujours claire.
CBD, THC et système endocannabinoïde : bases à connaître pour les sportifs
Le cannabis contient plus d’une centaine de cannabinoïdes, dont les deux plus étudiés sont :
Leur action passe par le système endocannabinoïde (SEC), un réseau de récepteurs (CB1, CB2), d’endocannabinoïdes produits par l’organisme (anandamide, 2-AG) et d’enzymes de dégradation. Le SEC intervient dans la régulation de nombreux processus :
Le THC est un agoniste partiel des récepteurs CB1 (principalement dans le système nerveux central) et CB2 (système immunitaire). Le CBD a une action plus indirecte, modulant plusieurs récepteurs (5-HT1A, TRPV1, etc.) et influençant la disponibilité des endocannabinoïdes. Cette différence pharmacologique se traduit par des effets très différents sur les performances sportives.
Cadre réglementaire international : THC interdit, CBD autorisé
Pour les sportifs professionnels ou soumis aux contrôles antidopage, la référence reste le Code mondial antidopage, établi par l’Agence mondiale antidopage (AMA/WADA). Selon la Liste des Interdictions 2024 de l’AMA (World Anti-Doping Agency) :
L’AMA précise toutefois que de nombreux produits à base de CBD peuvent contenir des traces de THC, suffisantes pour générer un contrôle positif. Les athlètes restent responsables de tout ce qui est retrouvé dans leur organisme (principe de « responsabilité stricte » du Code mondial antidopage, version 2021).
Au niveau des Fédérations internationales et du Comité International Olympique (CIO), ces règles sont généralement reprises telles quelles. Les sportifs de haut niveau doivent donc :
Cadre légal en France et en Europe pour le CBD et le THC
En France, le cannabis contenant du THC est régi par le Code de la santé publique. Les articles L3421-1 et suivants interdisent la production, la détention et l’usage de stupéfiants, incluant le cannabis à forte teneur en THC, sauf exception pour certains usages médicaux strictement encadrés (expérimentation du cannabis médical, décret n° 2020-1230 du 7 octobre 2020).
Concernant le chanvre et le CBD :
En pratique, en France :
Pour les athlètes français, deux niveaux sont donc à distinguer :
Effets potentiels du THC sur la performance sportive
Le THC, en tant que principal cannabinoïde psychoactif, présente des effets ambivalents chez le sportif. Les études et rapports de l’AMA et de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) soulignent plusieurs points :
Effets pouvant être perçus comme “bénéfiques” par certains sportifs (mais problématiques d’un point de vue antidopage) :
Effets clairement délétères sur la performance et la sécurité :
Ces effets négatifs sont particulièrement critiques pour les sports nécessitant :
De plus, le THC étant lipophile, il s’accumule dans les tissus adipeux et peut être détecté dans l’organisme plusieurs jours à semaines après la consommation, ce qui représente un risque de contrôle positif pour les athlètes soumis à l’antidopage.
CBD et sportifs : douleur, récupération et stress
Contrairement au THC, le CBD ne provoque pas d’effet psychotrope et n’est pas classé comme substance dopante par l’AMA. La littérature scientifique, bien que encore limitée chez l’athlète spécifiquement, suggère plusieurs pistes d’intérêt :
Gestion de la douleur et de l’inflammation
Des études précliniques (modèles animaux) et quelques données cliniques exploratoires indiquent que le CBD pourrait :
Pour les sportifs, cela se traduit potentiellement par :
Sommeil et récupération
Un sommeil de qualité est crucial pour la récupération musculaire, la consolidation des apprentissages moteurs et la régulation hormonale. Quelques études cliniques suggèrent que le CBD à doses modérées pourrait :
Stress et anxiété
Des travaux publiés notamment dans le Journal of Clinical Psychology et Neurotherapeutics suggèrent que le CBD, via ses effets sur les récepteurs sérotoninergiques (5-HT1A), pourrait :
Cependant, il faut rappeler que ces données sont encore préliminaires, que les posologies optimales ne sont pas clairement définies, et que la variabilité interindividuelle est importante.
Risques et limites de l’usage de CBD et THC chez les athlètes
Au-delà de l’aspect légal et antidopage, plusieurs risques doivent être pris en compte.
Interactions médicamenteuses
Le CBD, à doses significatives, peut inhiber certaines enzymes du cytochrome P450 (CYP3A4, CYP2C19), modifiant le métabolisme de nombreux médicaments (antiépileptiques, anticoagulants, certains antidépresseurs). Chez un sportif suivi médicalement, un avis du médecin (ou du médecin du sport) est indispensable.
Qualité et pureté des produits
Les études de contrôle qualité menées en Europe et en Amérique du Nord montrent que de nombreux produits CBD du marché ne respectent pas les concentrations annoncées, ce qui représente un risque majeur pour un sportif soumis aux contrôles antidopage.
Effets secondaires
Le CBD est généralement bien toléré, mais peut provoquer :
Le THC, même à dose modérée, peut entraîner :
Sportifs amateurs vs professionnels : enjeux et responsabilités différentes
Pour un sportif amateur, non soumis aux contrôles antidopage, les enjeux sont principalement :
Pour un sportif professionnel ou de haut niveau, s’ajoutent :
Dans les deux cas, la réflexion éthique est centrale : rechercher un confort de récupération ou une meilleure gestion de l’anxiété via le CBD ne se situe pas au même niveau que l’usage d’une substance clairement psychoactive et interdite en compétition comme le THC.
Recommandations pratiques et pistes de réflexion pour les athlètes
Pour les personnes souhaitant intégrer le CBD à leur routine sportive, quelques principes de prudence s’imposent :
Concernant le THC, chez le sportif, les données disponibles et le cadre légal conduisent à une position claire :
Les recherches sur le système endocannabinoïde, le CBD et le sport progressent rapidement. De nouvelles données cliniques et des ajustements réglementaires sont à attendre dans les prochaines années, notamment sur l’usage thérapeutique encadré chez les sportifs souffrant de douleurs chroniques ou de troubles du sommeil. En attendant, la meilleure approche reste une information rigoureuse, le respect strict des textes en vigueur (Code mondial antidopage, Code du sport, Code de la santé publique, arrêtés et règlements européens) et un dialogue ouvert entre athlètes, encadrants et professionnels de santé.
