Cannabis et performances sportives : le rôle du CBD et du THC chez les athlètes amateurs et professionnels

Le lien entre cannabis, performances sportives et récupération intéresse de plus en plus d’athlètes, qu’ils soient amateurs ou professionnels. L’essor du CBD (cannabidiol), le débat permanent autour du THC (tétrahydrocannabinol) et les évolutions réglementaires dans le sport de haut niveau créent un paysage complexe, où la frontière entre usage “bien-être”, usage médical et dopage n’est pas toujours claire.

CBD, THC et système endocannabinoïde : bases à connaître pour les sportifs

Le cannabis contient plus d’une centaine de cannabinoïdes, dont les deux plus étudiés sont :

  • le THC (tétrahydrocannabinol), psychoactif, responsable de l’“effet planant”
  • le CBD (cannabidiol), non intoxicant, recherché pour ses effets potentiels sur la douleur, l’anxiété et l’inflammation
  • Leur action passe par le système endocannabinoïde (SEC), un réseau de récepteurs (CB1, CB2), d’endocannabinoïdes produits par l’organisme (anandamide, 2-AG) et d’enzymes de dégradation. Le SEC intervient dans la régulation de nombreux processus :

  • perception de la douleur
  • inflammation et réponse immunitaire
  • sommeil et humeur
  • appétit et métabolisme énergétique
  • réponse au stress et à l’effort
  • Le THC est un agoniste partiel des récepteurs CB1 (principalement dans le système nerveux central) et CB2 (système immunitaire). Le CBD a une action plus indirecte, modulant plusieurs récepteurs (5-HT1A, TRPV1, etc.) et influençant la disponibilité des endocannabinoïdes. Cette différence pharmacologique se traduit par des effets très différents sur les performances sportives.

    Cadre réglementaire international : THC interdit, CBD autorisé

    Pour les sportifs professionnels ou soumis aux contrôles antidopage, la référence reste le Code mondial antidopage, établi par l’Agence mondiale antidopage (AMA/WADA). Selon la Liste des Interdictions 2024 de l’AMA (World Anti-Doping Agency) :

  • le THC (deltà-9-tétrahydrocannabinol) et ses analogues sont classés en catégorie S8 « Cannabinoïdes » et sont interdits en compétition
  • le CBD pur n’est pas interdit
  • L’AMA précise toutefois que de nombreux produits à base de CBD peuvent contenir des traces de THC, suffisantes pour générer un contrôle positif. Les athlètes restent responsables de tout ce qui est retrouvé dans leur organisme (principe de « responsabilité stricte » du Code mondial antidopage, version 2021).

    Au niveau des Fédérations internationales et du Comité International Olympique (CIO), ces règles sont généralement reprises telles quelles. Les sportifs de haut niveau doivent donc :

  • éviter tout produit contenant du THC à l’approche des compétitions
  • être extrêmement prudents avec les huiles, gélules ou cosmétiques au CBD non testés par des laboratoires indépendants
  • Cadre légal en France et en Europe pour le CBD et le THC

    En France, le cannabis contenant du THC est régi par le Code de la santé publique. Les articles L3421-1 et suivants interdisent la production, la détention et l’usage de stupéfiants, incluant le cannabis à forte teneur en THC, sauf exception pour certains usages médicaux strictement encadrés (expérimentation du cannabis médical, décret n° 2020-1230 du 7 octobre 2020).

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    Concernant le chanvre et le CBD :

  • l’arrêté du 30 décembre 2021 modifiant l’arrêté du 22 août 1990 encadre la culture, l’importation et l’utilisation des variétés de Cannabis sativa L. présentant une teneur en THC inférieure ou égale à 0,3 %
  • la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, affaire C‑663/18, “Kanavape”, 19 novembre 2020) a jugé que le CBD légalement produit dans un État membre ne pouvait être interdit dans un autre État membre, sauf justification de santé publique proportionnée
  • En pratique, en France :

  • le CBD issu de variétés de chanvre autorisées et contenant <= 0,3 % de THC (plante brute) est licite, sous réserve du respect de la réglementation
  • la vente de produits destinés à être fumés (fleurs, résines) reste sujette à des interprétations juridiques et à une application variable selon les juridictions
  • tout produit contenant du THC en quantité significative reste illégal en dehors du cadre expérimental du cannabis médical
  • Pour les athlètes français, deux niveaux sont donc à distinguer :

  • légalité civile/pénale (Code de la santé publique, Code pénal)
  • réglementation sportive (Code du sport, Livre II, Titre III, Chapitre II relatif à la lutte contre le dopage, et règles de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage – AFLD)
  • Effets potentiels du THC sur la performance sportive

    Le THC, en tant que principal cannabinoïde psychoactif, présente des effets ambivalents chez le sportif. Les études et rapports de l’AMA et de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) soulignent plusieurs points :

    Effets pouvant être perçus comme “bénéfiques” par certains sportifs (mais problématiques d’un point de vue antidopage) :

  • réduction de l’anxiété pré-compétitive
  • modulation de la perception de la douleur pendant l’effort
  • sensations subjectives d’euphorie ou de “flow”
  • Effets clairement délétères sur la performance et la sécurité :

  • altération de la coordination motrice fine
  • ralentissement des temps de réaction
  • troubles de l’attention et du jugement
  • perturbation de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle
  • Ces effets négatifs sont particulièrement critiques pour les sports nécessitant :

  • une grande précision gestuelle (gymnastique, tir, sports de raquette)
  • une coordination complexe (sports collectifs, sports de combat)
  • une réactivité accrue (sports mécaniques, descente à ski, sports à haute vitesse)
  • De plus, le THC étant lipophile, il s’accumule dans les tissus adipeux et peut être détecté dans l’organisme plusieurs jours à semaines après la consommation, ce qui représente un risque de contrôle positif pour les athlètes soumis à l’antidopage.

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    CBD et sportifs : douleur, récupération et stress

    Contrairement au THC, le CBD ne provoque pas d’effet psychotrope et n’est pas classé comme substance dopante par l’AMA. La littérature scientifique, bien que encore limitée chez l’athlète spécifiquement, suggère plusieurs pistes d’intérêt :

    Gestion de la douleur et de l’inflammation

    Des études précliniques (modèles animaux) et quelques données cliniques exploratoires indiquent que le CBD pourrait :

  • moduler la perception de la douleur via les récepteurs TRPV1 et 5-HT1A
  • réduire certains marqueurs d’inflammation (IL-6, TNF-α) dans des conditions expérimentales
  • Pour les sportifs, cela se traduit potentiellement par :

  • un confort accru après l’effort intense
  • un soutien dans la gestion des douleurs chroniques (tendinites, lombalgies, microtraumatismes répétés)
  • Sommeil et récupération

    Un sommeil de qualité est crucial pour la récupération musculaire, la consolidation des apprentissages moteurs et la régulation hormonale. Quelques études cliniques suggèrent que le CBD à doses modérées pourrait :

  • réduire l’anxiété qui perturbe l’endormissement
  • améliorer la qualité subjective du sommeil chez certaines personnes
  • Stress et anxiété

    Des travaux publiés notamment dans le Journal of Clinical Psychology et Neurotherapeutics suggèrent que le CBD, via ses effets sur les récepteurs sérotoninergiques (5-HT1A), pourrait :

  • atténuer certains symptômes d’anxiété de performance
  • favoriser un état de calme sans sédation intense
  • Cependant, il faut rappeler que ces données sont encore préliminaires, que les posologies optimales ne sont pas clairement définies, et que la variabilité interindividuelle est importante.

    Risques et limites de l’usage de CBD et THC chez les athlètes

    Au-delà de l’aspect légal et antidopage, plusieurs risques doivent être pris en compte.

    Interactions médicamenteuses

    Le CBD, à doses significatives, peut inhiber certaines enzymes du cytochrome P450 (CYP3A4, CYP2C19), modifiant le métabolisme de nombreux médicaments (antiépileptiques, anticoagulants, certains antidépresseurs). Chez un sportif suivi médicalement, un avis du médecin (ou du médecin du sport) est indispensable.

    Qualité et pureté des produits

  • risque de contamination par des pesticides, métaux lourds, solvants résiduels
  • présence non déclarée de THC au-delà des limites légales
  • inexactitude fréquente des dosages affichés sur l’étiquetage
  • Les études de contrôle qualité menées en Europe et en Amérique du Nord montrent que de nombreux produits CBD du marché ne respectent pas les concentrations annoncées, ce qui représente un risque majeur pour un sportif soumis aux contrôles antidopage.

    Effets secondaires

    Le CBD est généralement bien toléré, mais peut provoquer :

  • somnolence ou fatigue
  • troubles digestifs (nausées, diarrhées)
  • variations de l’appétit
  • Le THC, même à dose modérée, peut entraîner :

  • anxiété ou attaques de panique chez les sujets sensibles
  • tachycardie, baisse de la tension artérielle
  • troubles de la mémoire à court terme, baisse de la motivation
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    Sportifs amateurs vs professionnels : enjeux et responsabilités différentes

    Pour un sportif amateur, non soumis aux contrôles antidopage, les enjeux sont principalement :

  • la légalité des produits consommés (respect de la loi française et européenne)
  • la sécurité d’usage (qualité du produit, absence de contre-indications médicales)
  • l’impact réel sur la pratique sportive (performance, motivation, récupération)
  • Pour un sportif professionnel ou de haut niveau, s’ajoutent :

  • le risque de contrôle positif au THC, même en cas d’usage occasionnel
  • la responsabilité envers l’équipe, les sponsors et la fédération
  • l’exemplarité vis-à-vis du public, notamment des jeunes sportifs
  • Dans les deux cas, la réflexion éthique est centrale : rechercher un confort de récupération ou une meilleure gestion de l’anxiété via le CBD ne se situe pas au même niveau que l’usage d’une substance clairement psychoactive et interdite en compétition comme le THC.

    Recommandations pratiques et pistes de réflexion pour les athlètes

    Pour les personnes souhaitant intégrer le CBD à leur routine sportive, quelques principes de prudence s’imposent :

  • vérifier que le produit provient de variétés de chanvre autorisées (liste européenne des variétés de Cannabis sativa L.)
  • privilégier les marques fournissant des analyses de laboratoire indépendantes (certificats d’analyse – COA), détaillant THC, autres cannabinoïdes et contaminants
  • démarrer par des doses faibles et augmenter progressivement en observant les effets
  • éviter de tester un nouveau produit juste avant une compétition importante
  • consulter un professionnel de santé, idéalement un médecin du sport, en cas de pathologie, de traitement médicamenteux ou de pratique intensive
  • Concernant le THC, chez le sportif, les données disponibles et le cadre légal conduisent à une position claire :

  • pour un athlète contrôlé par une organisation antidopage : usage fortement déconseillé en raison du risque de sanction disciplinaire et de l’altération potentielle des performances
  • pour tout sportif, amateur ou non : la prudence s’impose au regard des risques cardiovasculaires, psychiques, cognitifs et de dépendance, particulièrement chez les jeunes adultes
  • Les recherches sur le système endocannabinoïde, le CBD et le sport progressent rapidement. De nouvelles données cliniques et des ajustements réglementaires sont à attendre dans les prochaines années, notamment sur l’usage thérapeutique encadré chez les sportifs souffrant de douleurs chroniques ou de troubles du sommeil. En attendant, la meilleure approche reste une information rigoureuse, le respect strict des textes en vigueur (Code mondial antidopage, Code du sport, Code de la santé publique, arrêtés et règlements européens) et un dialogue ouvert entre athlètes, encadrants et professionnels de santé.